(musique de la séance : Nicolas Repac - Black Musette dans le lecteur Deezer.)

Que se passe t-il ? Je ne comprends rien mais je suis pétrifiée de peur par ce qu’il m'arrive.

Aujourd'hui je me suis réveillée dans un lit, je ne sais pas ni qui j'étais ni où je suis. Oui j'ai déjà écrit ces mots sur ce même journal, seulement même de cela je ne m'en souviens pas. Je découvre les mots tracés par ma main, il n'y a aucun doute c'est bien mon écriture, mais je n'ai pas le moindre souvenir de la journée précédente. Suis-je folle ?

Hier, donc enfin si ce que j'ai écrit ne remonte pas à plus loin, j'ai terminé en disant que je devais attendre des nouvelles de mes ravisseurs et je n'ai pas la moindre idée de ce qui s'est passé. Sont-ils venus ? Pourquoi les mots que je lis semblent écrits par une étrangère, quelle est donc cette étrange sensation de vivre une deuxième fois la même journée?

En sera t’il de même demain ? Vais-je encore me réveiller sans le moindre souvenir de la veille ? Oh, faites que ce cauchemar se termine !

Je préférerais mourir que de ne pas savoir ce qui se passe ici.
Qui que vous soyez qui me tenez prisonnière, aidez-moi !

Une horrible pensée me traverse l'esprit, et si ça faisait des mois ou des années que je suis ici enfermée, ne me rappelant jamais du jour précédent ?
L'importance de tenir ce journal me paraît essentielle. Si ma vie est un commencement perpétuel, je dois en laisser une trace, ma mémoire sera ce journal. Je dois savoir, je dois comprendre.

Plus tard dans la soirée…

Je me suis assoupie et j’ai fais un rêve étrange.

J’étais dans une prairie verdoyante magnifique, allongée sur une couverture de soie. Au loin j’apercevais une grande maison bourgeoise, le parc dans lequel j’étais devait appartenir à ce domaine.

Trois hommes me tenaient compagnie. Ils avaient fière allure avec leurs chapeaux haut de forme et leurs costumes taillés sur mesure.
Le plus jeune semblait gêné et tripotait nerveusement sa montre à gousset. Il m’avait offert un petit bouquet de fleurs roses qu’il avait visiblement cueillies lui-même auparavant.

Il rougissait chaque fois qu’il levait les yeux et que son regard croisait le mien. Cela m’amusait terriblement. A côté de lui, un homme à la carrure impressionnante et aux favoris roux qui arpentaient ses joues bien rouges semblait beaucoup plus à l’aise.

D’un âge avancé il était à l’opposé du jeune homme, il rigolait fort en racontant des histoires drôles. Il portait un gilet en soie verte qui se mariait très bien avec ses yeux. C’était à lui qu’appartenait la maison et ce magnifique parc arboré. Il m’avait offert un très joli collier orné d’un papillon vert qu’il avait lui-même accroché à mon cou.

Le troisième homme était fort élégant et mince, habillé d’un costume à queue de pie. Il semblait être un artiste peintre connu, mais je n’ai pas compris le nom. Il portait fort bien la moustache et une barbe bien taillée, ses yeux noirs très vifs me regardaient sans cesse, son regard me mettait mal à l’aise mais je le soutenais autant que je pouvais. Lui aussi m’avait amené un présent. Une très jolie broche à cheveux ornée d’une fleur et de perles noires. 

Je conversais avec les trois hommes et nous rigolions des historiettes que nous contait le grand rouquin maître des lieux.

Je pris conscience à ce moment là de mon rêve que j’étais vêtue de la façon la plus légère qu’il soit. Je portais des bas en dentelle, une culotte et un négligé en dentelle noire transparente complètement ouvert dévoilant de façon provocante mes seins nus. J’étais spectatrice de cette scène et ne pouvait pas intervenir dans ce rêve pour en changer l’issue que je devinais arriver. Je regardais impuissante cette autre moi aguichant lancer des sourires et des œillades aux trois hommes, gonfler la poitrine, décroiser les jambes, laisser retomber le peu de linge qui la recouvrait sur les épaules pour mieux mettre en avant ses seins au cas où ces messieurs n’en verraient pas assez.

Au bout d’un moment, elle lança d’une voix suave :
« Messieurs, vos histoires m’amusent mais il est temps de passer à des jeux plus adultes. Lequel d’entre vous me fera l’honneur d’ouvrir le bal pour une valse des corps endiablée ? »
Le plus jeune baissa les yeux et s’avança sous les moqueries gentilles des deux autres.

Je me réveillai à ce moment là, horrifiée par ce rêve, par cette fille qui n’avait de moi que mon visage et mon corps mais certainement pas ce qu’il me semble être mon caractère bien que j’en sache si peu sur moi.
En tout cas, je n’ai aucune complaisance pour ces filles de joies et je serais incapable de vivre cette scène qui me fait rougir rien que d’y songer.
Je pense être pudique, d’ailleurs je suis gênée d’être dans cette chambre si peu vêtue, me sachant peut-être observée par mes ravisseurs alors que contrairement à ce rêve ma poitrine est couverte, seules mes jambes sont dénudées. Je m’interroge sur le sens de cet étrange rêve, est-ce une scène que j’ai lue, que l’on m’a racontée, que j’ai vue en peinture ?






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