Tout d’abord, j’entends le terme création comme l’acte de produire quelque chose. Je n’y ajoute aucun élément de valeur. Une création n’est pas forcément une œuvre d’art. Il n’y a donc aucune vantardise malsaine de parler de création quand on est amateur.

 

Une fois ce préalable définit, je tiens à ajouter que le processus qui précède une création est un sujet qui me tiens à cœur, qui m’interroge, qui me triture les méninges autant que l’acte final de créer.

 

Comment se met en branle l’imaginaire chez chacun d’entre nous est une des questions qui me fascine.

Quels sont les rouages qui font que d’une idée en nait une autre, comment elles s’agencent entre elles et aussi quels sont les efforts que l’on met en œuvre pour transformer tout cela en un produit fini ?

En lisant des interviews d’écrivains, certains mettent en avant le besoin de faire un plan, une trame. Beaucoup  se « forcent » à écrire quotidiennement, avançant cette nécessité d’apprivoiser la plume comme un instrument de musique. La créativité se dompte, elle ne se libère pas mais se travaille.

 

J’avoue que même si je pense effectivement que l’écriture s’apprend et se perfectionne, je ne me sens pas vraiment prêtre à forcer le désir d’écrire.

 

J’ai peut-être la naïveté de croire que l’imagination ne se maitrise pas, elle se vit et se déverse quand elle en choisit elle-même le moment.

 

Je n’ai établi aucune trame écrite des Contes Mécaniques. Par contre j’ai les grandes lignes dans ma tête, je sais exactement où je veux aboutir, quelle sera la fin, les grandes étapes pour y arriver même si cela reste flou.

Je pense que j’ai besoin de ce flou, il m’est nécessaire de ne pas trop figer par avance les évènements pour garder la souplesse nécessaire au changement, pour laisser la pensée évoluer au fil des pages.

J’ai un énorme défaut c’est de me désintéresser de ce que je « maîtrise ». Encore une fois le processus pour y arriver m’importe autant que le produit fini.

 

Prenons un exemple, j’ai appris très jeune la guitare classique. Je me souviens de mon premier cours de guitare, j’attendais dans la salle que l’élève me précédant termine sa leçon et le morceau qu’il jouait était tellement beau et complexe (Hecto Villa-Lobos- étude n°1) qu’intérieurement je me suis dit que le jour où j’arriverais à le jouer serait un jour tellement magique que je donnerais tous les efforts pour l’atteindre.

Quelques années plus tard, j’ai appris ce morceau. Mon intérêt pour cet instrument a décliné ensuite jusqu’à aujourd’hui où cela doit bien faire 5 ans que je n’ai pas sorti ma guitare de son étui.

Je trouve ça extrêmement dommage, non pas que j’étais doué ce qui n’était d’ailleurs pas le cas, mais parce que je ne ressens plus le plaisir de jouer et la satisfaction d’arriver à produire des sons qui  me faisaient rêver.

 

Bref, l’avantage de connaître son caractère est de pouvoir anticiper ces effets néfastes.

Donc aucune trame, tant que c’est en moi cela m’appartient, une fois sur le papier cela m’échappe totalement et la peur qu’en figeant en amont la trame me désintéresse de l’envie d’écrire.

Par contre, j’aime les challenges, la complexité, m’imposer des épreuves qui permettent de titiller l’imagination, de l’affoler, de la bousculer.

Là aussi, faignante de nature (oui, oui j’ai beaucoup de défauts) je ne peux pas me permettre de m’endormir sur mes lauriers et travailler « mollement ».  L’avantage de la contrainte est qu’elle est l’ennemie de la page blanche, comme si planter des aiguilles dans l’imagination lui donnait le soubresaut nécessaire de vie qui permet de prendre son clavier (j’ai horreur d’écrire à la main) et de clapoter les touches à grande vitesse (du moins ce que permet la vitesse quand on tape à 3 doigts).

 

La contrainte ici est de mêler texte et images (je rajouterais une contrainte technique supplémentaire qui est de travailler avec un appareil photo nullissime et de devoir passer le plus gros de mon temps à la retouche afin d’atténuer cela).

J’essaye d’avoir quelques textes d’avances (entre 5 et 10) mais pas de trop non plus car je ne recherche pas l’illustration d’un texte finalisé mais bien un processus qui se complète dans le plaisir d’avancer de commun et de varier les plaisirs.

D’ailleurs pourquoi alors, écrire quelques textes d’avances ? Ce n’est pas forcément un choix délibéré, mais disons quand l’envie de prendre la plume (c’est plus joli que de dire prendre le clavier) se fait sentir je ne vais pas arrêter le flot. Le découpage se fait ensuite.

Je pourrais mettre plus de textes me direz-vous et ne pas faire de découpage.

Oui mais non vous répondrais-je ! Car j’ai aussi une contrainte supplémentaire, celle de ne posséder qu’une seule poupée et de devoir faire en sorte de pouvoir illustrer toutes les séances (oui là aussi je m’impose ce type de contraintes, ne pas laisser de textes sans images).

Ceci dit cette contrainte de la poupée unique commence à peser lourdement, j’ai d’ailleurs en attente une nouvelle poupée (enfin une tête, le corps viendra ensuite)(et là je me dis que ceux qui ne fréquentent pas le monde des dolls doivent commencer à se poser des questions sur ma santé mentale) qui me permettra de me libérer de cette contrainte qui loin de titiller l’imaginaire, a plutôt tendance à le limiter.

  

D’ailleurs j’attends cette tête pour la prochaine séance, car j’ai une idée de photo qui colle bien à la suite du texte et qui nécessite ce deuxième personnage. Bon je m’ajouterais une contrainte (encore, je dois vraiment être maso) puisqu’il n’est pas question que mon personnage ne soit qu’une tête et qu’il me faudra donc laisser croire que cette tête possède un corps (manche à balais+mousse+habits devraient faire l’affaire).

J’espère toutefois qu’elle va arriver vite car je n’aime pas devoir interrompre la rythme que j’ai pris d’au moins une séance par semaine.

 

Et parce que je suis extrêmement curieuse, je ne peux m’empêcher de conclure cette note par cette question :

Quel est donc le processus que vous utilisez pour créer ? Comment vous travaillez ? Quels sont les aiguilles qui transpercent votre imagination ?