(musique de la séance : Dan the Automator-Ball Til You Fall dans le lecteur Deezer.)


De retour chez lui, enfin dans le sordide studio sous les toits qu’on lui avait loué, il l’avait observée le reste de la journée grâce à la caméra de surveillance, sans rien faire d’autre.

Elle avait paniqué au réveil, hurlé pour qu’on lui ouvre puis enfin elle avait découvert le carnet. C’est exactement ce qu’il attendait d’elle. Il était curieux de lire son journal, mais il faudrait pour cela attendre le soir quand elle serait enfin endormie d’un sommeil si profond qu’il pourrait l’observer de près et sentir sa respiration saccadée sans qu’elle ne se doute de sa présence.

Il aimait cette partie du travail, il aimait la regarder, elle l’avait toujours intrigué de toute façon, du plus loin qu’il se souvienne. Il était temps de préparer le déjeuner qu’il allait lui apporter bientôt même si elle n’avait pas encore touché à celui qu’il avait préparé la veille.

Il s’approcha de l’écran de contrôle et fit une pause image. Elle était assise prostrée dans un coin de la pièce, les forces semblaient l’abandonner. Il manipula les boutons de l’écran pour faire un gros plan de son visage. Il n’y lisait que le désespoir, pourtant il l’avait connue bien plus combative. Elle était terriblement belle quand elle semblait perdue, c’était tellement rare de la voir ainsi. Il chassa ses pensées, sa beauté était un piège mortel où beaucoup de cœurs s’étaient écorchés. Cela l’amusa lui qui ne ressentait rien. Il la connaissait si bien pourtant l’image que lui renvoyait l’écran était celle d’une étrangère. Elle avait changé elle aussi.

Tout en pétrissant la pâte pour le pain, il souriait les yeux fixés sur ce visage de détresse.

La sonnerie du téléphone interrompit sa rêverie, il essuya ses mains pleines de farine et se dirigea vers l’appareil.